Ceux qui, comme nous, parcourent régulièrement le blog de notre ami Tristan Nitot n’apprendront rien ici puisqu’il s’agit d’une reprise de deux récents billets du Standblog. Les autres découvriront peut-être ici sa plume alerte et son verbe acéré.
Tristan Nitot est président de l’association Mozilla Europe. Il est à ce titre fort bien placé pour évoquer Firefox, notre navigateur préféré et phénomène du moment dans le monde des logiciels libres. Ainsi nous avons pensé qu’il était intéressant d’extraire du flot continu de son blog cette petite analyse fort pertinente pour vous la présenter ci-dessous.
Bien sûr il y a le volet marketing et les qualités intrinsèques du produit. Mais c’est certainement parce que l’on se place d’emblée du côté de l’utilisateur lambda que Firefox rencontre aujourd’hui un tel succès, potentiellement en germe également chez Ubuntu Linux.
Puissent d’autres projets s’en inspirer ?
Partie I
FIREFOX
Il est encore trop tôt pour considerer Firefox comme un succès, et pourtant... Cela fait 19 jours que la version 1.0 est sortie, et nous avons sûrement dépassé la barre des 7 millions de téléchargements [1]. Les chiffres parlent d’eux même : 2,1 millions de téléchargements en deux jours ; 6 millions en 15 jours. La bonne nouvelle, c’est que la tendance reste stable et que Firefox gagne des centaines de milliers d’utilisateurs tous les jours, dont beaucoup sont des gens qui ont toujours utilisé IE et n’ont jamais entendu parler de logiciel Libre.
On peut se demander pourquoi Firefox a un tel succès (4,58% d’après OneStat (en)). Après tout, d’excellents navigateurs comme Mozilla 1.x et Opera n’atteignent pas de telles parts de marché (respectivement 2,77% et 1,29%) alors qu’ils sont là depuis longtemps.
On peut tout imaginer pour justifier le succès (encore bien jeune) de Firefox. Certes, la campagne de lancement a été très efficace et très bien reprise dans les medias. La chance a sûrement joué (quoique, si Arafat n’avais pas fait des siennes, je suis à peu près certain que Firefox aurait fait la couv’ de Libé). Mais au départ, le produit est intrinsèquement bon. Il est même excellent. Pourtant, Opera et Mozilla 1.x sont aussi très bons. Ce qui fait, à mon humble avis, la différence avec Firefox, c’est que ce dernier est beau et ultra-simple à aborder :
- interface très simple,
- télechargement rapide,
- installation triviale,
- import des préférences IE instantanée.
Ensuite, Firefox apporte simplement des fonctionnalités qui sont véritablement un plus pour l’utilisateur, fonctionnalités qui sont facilement découvrables par ce dernier :
- recherche intégrée,
- navigation par onglets,
- extensions.
C’est sûrement là qu’il faut trouver la clé du succès :
Tout d’abord, on se sent en confiance, ensuite on ne peut plus s’en passer.
Et le projet Mozilla, par la visibilité qu’il atteint aujourd’hui, se doit de remercier les initiateurs du projet Firefox (Blake Ross (en) et David Hyatt) pour leur vision, et Ben Goodger (fr) pour avoir maintenu le cap avec adresse (comme dit Bénabar (fr)).
Dans un prochain billet, je reviendrais sur cette idée simple de faire un logiciel simple pour convaincre un très grand nombre d’utilisateurs. Peut-être y a-t-il matière à réflexion pour d’autres projets Libres...
Partie II
LA DISTRIBUTION LINUX
J’en parlais précédemment, le succès de Firefox tient à la qualité intrinsèque logiciel, à son lancement mais surtout à sa superbe simplicité. Je vais ici me livrer à un exercice difficile, qui est celui de la critique constructive de projets Libres.
J’ai essayé la distribution Linux à la mode, à savoir Ubuntu Linux (en). Il faut savoir qu’avant, j’ai testé successivement Mandrake 10.0, Fedora Core 2, Mandrake 10.1 Community puis Mandrake 10.1 Official. J’ai eu mon lot de soucis avec les quatre. Une partie de mes problèmes est venue du fait que j’ai passé l’essentiel de ma carrière d’utilisateur sous Windows. Et changer de système d’exploitation, surtout pour un utilisateur avancé, ça n’est pas rien. (L’autre partie est venue du fait que j’ai des soucis de matériel avec mon portable, qui donne de graves signes de fatigue, ce qui m’a poussé à changer de machine quelques temps).
Et dernièrement, j’ai piqué un coup de sang et j’ai écouté l’ami Olivier (fr) et je suis donc passé à Ubuntu Linux (en). Ces petits gars-là ont tout compris. Un téléchargement de moins de 600 Mo, ça devient rare (surtout par rapport aux 6 CD de ma Mandrake Official !), une intégration des différents composants qui est un vrai bonheur, et tous les logiciels dont j’ai besoin. Firefox est le navigateur par défaut, et même si c’est Evolution le client de messagerie, un p’tit coup de apt-get install mozilla-thunderbird vous arrange tout ça en deux coups de cuillère à pot. Là où j’ai galéré, c’est en voulant reprendre les comptes utilisateurs de Mandrake. C’est comme dans Ghostbusters, quand on croise les faisceaux. C’est mal, et ça fait mal !
Donc mon installation de Ubuntu n’est pas parfaite, mais elle a le mérite d’exister. Je crois bien que je vais me tenter une ré-installation propre prochainement. Et probablement finir par rester sur Ubuntu ! Par rapport à la Fedora Core, le système est simple, mais mieux fini. Par rapport à la Mandrake (et malgré tout le bien que je pense de cette distribution), on sent que chez Ubuntu, on est parti d’une page blanche, celle des besoins actuels des utilisateurs débutants, là ou Mandrake semble vouloir sans cesse rajouter des fonctionnalités sans enlever les précédentes, pour ne pas frustrer les utilisateurs historiques. C’est un grand classique en informatique, et c’est ce qui nous vaut cette mauvaise blague d’informaticien : Vous savez pourquoi Dieu a pu faire le monde en 6 jours ? Parce qu’il n’y avait pas de reprise de l’existant.
Quoiqu’il en soit, je suppute que Ubuntu, c’est le Firefox des distributions Linux, là ou Mandrake ressemblerait plus à Mozilla 1.x. Puissant, bourré de fonctionnalités, mais plus adaptée à ceux qui s’en servent depuis toujours qu’aux nouveaux arrivants (dont je ne faisais pas partie). Par contre, il faut reconnaître à Mandrake l’intégration de logiciels propriétaires (non, ça n’est pas un troll), comme Java, Real, Flash et les drivers propriétaires nVidia, qu’on a pas sur Ubuntu...
En tous cas, chapeau au projet de monsieur Mark Shuttleworth (en) : Ubuntu est la plus convaincante des distributions que j’ai pu tester à ce jour. Et quelque part, savoir que Ubuntu repose sur une base Debian, ça me rassure... Au fond de moi, j’ai toujours voulu devenir un Geek.
Tristan Nitot
Publication avec l’autorisation de l’auteur.