Et si nous utilisions plus souvent à l’école la légèreté d’un éditeur de texte en lieu et place de la lourdeur d’un traitement de texte ?
Non seulement nous gagnerions en efficacité mais également en compréhension générale des outils qui gravitent autour de la manipulation numérique du texte.
Des conseils judicieux qui, à n’en pas douter, dépassent le strict cadre scolaire...
L’outil texte le plus connu est le traitement de texte.
Dans le monde des logiciels propriétaires il y a ainsi l’incontournable Word (certains en arrivent même à le confondre avec la définition d’un traitement de texte !) que l’on peut néanmoins contourner avec d’excellents logiciels libres comme Writer d’OpenOffice.org ou encore Abiword.
Mais il n’est pas le seul. Existent aussi l’éditeur de textes et le formateur de textes.
Présentation de l’intérêt pédagogique de l’éditeur, peu utilisé dans les écoles, ce qui est dommage, à notre avis.
Définitions
Voyons tout d’abord ce que sont éditeur, formateur et traitement de textes :
Éditeur de textes
C’est un outil qui permet de manipuler un fichier au format texte brut, c’est à dire uniquement des caractères alphanumériques. Vous connaissez certainement le Bloc-notes (notepad) de Windows, peut-être moins son remplaçant désigné libre Notepad2 : ce sont des éditeurs.
Les éditeurs les plus simples proposent les fonctions suivantes :
- taper du texte ;
- effacer ;
- copier/couper/coller ;
- enregistrer, enregistrer sous ;
- imprimer (en caractères machine à écrire).
Et c’est tout ! Pas de choix de fontes, de taille de caractère, etc.
Les éditeurs plus évolués incluent la recherche de texte, la coloration syntaxique (pour la programmation et les langages à balises comme HTML ou LaTeX). Quant aux plus puissants (Vim, Emacs...), ils sont extensibles à l’infini et n’ont quasiment pas de limites. Mais, dans tous les cas, ils travaillent toujours, uniquement, sur du texte brut.
L’éditeur est donc un logiciel indispensable à tous ceux qui travaillent sur ce type de fichier :
- les programmeurs ;
- les administrateurs système ;
- les webmasters.
Formateur de textes
Le formateur de textes est un outil qui comme son nom l’indique, met en forme un texte, à partir d’un fichier source en texte brut mais contenant des indications de structure (balises). C’est à dire que, mélangées au texte, se trouvent des indications de structure (titre, chapitre, section, sous-section etc.) que le formateur de textes sait reconnaître et interpréter. C’est ainsi que procède votre navigateur internet.
Exemple de balises en HTML (la syntaxe est automatiquement mise en couleur par l’éditeur Vim) :
<h2>Le cor</h2>
J'aime le son du cor, le soir au fond des bois
Donnera dans votre navigateur :
La même chose sera notée pour LaTeX par :
\section{Le cor}
J'aime le son du cor, le soir au fond des bois
Le formateur de texte reconnaît ces balises et interprète alors le fichier pour générer seul la mise en page optimale. LaTeX est actuellement le formateur de texte le plus connu, et c’est l’outil le plus souple, puissant et donnant les meilleurs résultats typographiques, loin devant tous les traitements de texte.
Mais il ne fait que cela. Il faut donc l’associer avec :
- un éditeur, en amont, pour produire le texte (Gedit, Vim, Emacs) ;
- un programme de visualisation et/ou d’impression, en aval (Xdvi, Acrobat Reader).
Traitement de textes
Le traitement de textes, lui, est aussi un éditeur de textes, mais il assure en plus :
- le formatage du texte (tableaux, fontes, taille de caractères etc.) ;
- l’affichage WYSIWYG (What You See Is What You Get) du texte ;
- l’impression finale.
Il s’agit donc d’un outil polyvalent, complexe, qui doit tout faire à la fois, donc :
- moins puissant et performant dans chacune de ses fonctions (édition, mise en pages, affichage, impression) ;
- plus gourmand en ressources ;
- plus sujet à plantages,
que l’association d’outils spécialisés séparés. Il induit aussi une taille de fichiers bien plus importante (voir ci-dessous).
De plus, il induit rapidement une confusion dans l’esprit du rédacteur, entre le contenu, la structure, et l’apparence du texte, qui sont des choses différentes.
Mais puisqu’il sait tout faire, autant l’utiliser ! Pas nécessairement. L’éditeur a aussi ses avantages, notamment à l’école.
Avantages de l’éditeur de textes à l’école
Simplicité
Voici la barre d’outils d’un éditeur de textes (Gedit). Comparez avec celle de Word ou tout autre traitement de texte évolué :
- l’interface est bien plus simple ;
- les fonctions importantes (ouvrir, copier, coller) sont bien en évidence ;
- l’enfant se concentre sur l’édition du texte, pas sa mise en forme.
Légèreté
L’éditeur de texte est généralement un logiciel léger, très stable, et consomme peu de ressources machine (c’est important dans un réseau de terminaux X). L’éditeur le plus puissant au monde, Emacs, ne nécessite que 8 Mo de mémoire vive, contre environ 50 pour une fenêtre d’OpenOffice.org ! 10 éditeurs ouverts = 80 Mo. 10 traitements de texte ouverts = 500 Mo ! [1] Travaillant dans un éditeur, vous pouvez continuer à utiliser vos vieux PC. Avec un traitement de textes récent, non.
Enregistrement au format .txt
Le format .txt est le plus simple, le plus compact.
Soit un fichier contenant juste cette phrase : J’aime le son du cor, le soir au fond des bois.
La taille de ce fichier est :
- au format .txt : 47 octets (1 par caractère) ;
- au format .abw (Abiword, un format XML) : 2087 octets, 44 fois le poids de la phrase originale ;
- au format .doc (MS-Word) : 8192 octets, 144 fois la taille d’origine, imaginez pour une thèse ! De plus ce format tenu secret par Microsoft est impossible à visualiser sous forme de texte simple, véhicule des informations confidentielles sur vous (qui vous êtes, si vous avez payé ou piraté votre logiciel...), est difficilement exploitable par les autres traitements de textes, incompatible d’une version à l’autre de Word, et pour finir, vecteur de virus ! On comprend qu’il reste secret ;-)
Utilisation des outils en ligne de commande
Cas classique à l’école : cinq enfants se partagent la rédaction d’un texte. Chacun enregistre son travail sous le nom partie1, partie2 etc.
Au moment de recoller les morceaux, il faut dans un traitement de textes, ouvrir les cinq fichiers, et copier-coller, ce qui représente pas mal de clics de souris.
S’agissant de texte brut, on peut utiliser sous Linux la commande cat :
cat partie1 partie2 partie3 partie4 partie5 > final.txt
Et le texte est reconstitué dans le fichier final.txt ! Ceci n’est qu’un exemple ultra-basique de la puissance de la ligne de commande sous Linux.
Dissociation de la saisie et de la mise en forme
On demande principalement aux enfant à l’école :
- de saisir du texte ;
- le mettre en forme ;
- le publier (journal scolaire, internet).
Ce sont trois choses bien distinctes.
Traiter les trois en même temps amène une confusion entre la structure et l’apparence, entre le texte et sa mise en forme. L’enfant va jouer avec les polices, les tailles, sans mettre du sens derrière ces actions. C’est peu gênant en primaire, ça deviendra catastrophique lorsqu’au collège et au lycée on exigera que son texte suive un plan et révèle une pensée structurée.
Il nous apparaît plus judicieux :
- de saisir les textes dans un éditeur ;
- d’en recoller si nécessaire ensuite les morceaux (commande cat ou copier-coller dans l’éditeur) ;
- de travailler dans un deuxième temps l’apparence, en fonction de la structure dans un traitement de texte ou un outil de PAO. On utilisera de préférence des feuilles de style (titre 1, titre 2...) plutôt que des manipulations de typographie directes du type Times, 14 points, gras etc. On y gagne en logique comme en qualité typographique : on ne s’improvise pas typographe, et c’est précisément le rôle de l’ordinateur, de nous décharger de ce souci.
Portabilité-Interopérabilité
Le format .txt étant le plus basique, il est le plus universel.
Il peut être lu dans tout éditeur, envoyé par mail, importé dans tout traitement de textes, interprété par tout formateur de textes ou outil de publication sur Internet.
Ceci prend une importance supplémentaire dans le cas de publication internet avec des outils comme SPIP (qui gère ce site) : c’est bien du texte brut et des balises que l’on importe ou l’on saisit dans SPIP. Utiliser un traitement de texte en amont pour produire ce type de texte revient à prendre sa voiture pour sortir la poubelle !
Alors, le traitement de textes à la poubelle ?
Certainement pas !
Pour taper une lettre, une courte note, le traitement de textes est pratique. C’est devenu un outil standard de l’entreprise. Indiscutablement c’est un outil à connaître et maîtriser (mais qui dans l’assistance peut véritablement se vanter de maîtriser Word ou Writer d’OpenOffice.org ???)
Mais la prépondérance du traitement de textes n’est pas due qu’à ses qualités d’outil : elle est aussi liée à l’histoire économique de l’informatique (la position dominante de Windows-Word-Excel sur le monde de la bureautique). Ainsi dans le monde Unix et de la recherche scientifique, c’est plutôt le couple éditeur/LaTeX qui est la référence.
L’éditeur n’est pas prêt de menacer l’existence du traitement de textes. C’est un outil complémentaire. Mais il y a une place pour lui, dans nos pratiques pédagogiques TICE, de même que le vélo ne remplace pas l’automobile, mais bien souvent se révèle plus rapide et pratique pour aller chercher le pain !
Alors... à vos éditeurs !
Jacques Bon
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