Internet et la Toile sont des inventions étranges décalées de la
société et mortellement atteintes d’un cancer d’insécurité interne.
Leur devenir démocratique implique une rupture
technique indispensable et une socialisation effective, qui passe par
la reconquête d’un espace de liberté aujourd’hui étouffé et menacé par
les faiblesses des systèmes informatiques et la politique.
L’invention vient des Hommes.
Une invention est un phénomène à la fois social, scientifique et technologique.
La manière dont apparaît dans l’histoire une invention
dépend certes des éléments scientifiques qui la fondent, mais également
des valeurs sociales auxquelles adhère l’inventeur nécessairement
membre d’un groupe humain donné et à ce titre porteur de valeurs
sociales, culturelles et spirituelles spécifiques.
Ces valeurs d’invention sont aussi celles qui
accompagnent la naissance de la découverte dans la société, lorsqu’elle
sort du laboratoire pour être mise à la disposition de la communauté.
J’appelle ces valeurs les valeurs d’émergence.
Ces valeurs d’émergence sont fondatrices de
l’environnement technique et culturel de l’invention et définissent à
la fois la manière d’appréhender la nouveauté par l’individu, ainsi que
son mode de diffusion ou de pénétration sociale, c’est-à-dire de son
acceptation politique, économique, culturelle et spirituelle, ou de son
rejet.
Ces valeurs influent en retour sur l’évolution interne
historique de la création et des connaissances, de la technologie et
des savoir-faire qui la rendent possible et la font évoluer.
La science et la technologie sont rationnelles tout autant qu’elles sont sociales, économiques ou politiques.
L’apparition d’inventions revêt dans l’histoire souvent
une apparence d’emboîtement d’étapes successives inévitables ou
voulues, même si ce n’est pas aussi systématique dans la seule histoire
des sciences.
L’Homme a effectivement évolué du déplacement pédestre
vers la fusée, en inventant le cheval domestique, la roue, la voie
ferrée et l’avion.
Pour la transmission de signaux, l’évolution semble
continue depuis l’emploi du nuage de fumée, de l’usage du cor, du
télégraphe de Chappe, de la TSF, du bélinographe [1], jusqu’à la télévision numérique.
Toutefois, l’étude historique du passé fait bien
apparaître que la pensée scientifique ou non précède (toujours ?)
l’invention ; l’anticipation sociale de la satisfaction matérielle des
besoins matériels ou spirituels se trouve résolue dans l’invention et
son usage quotidien.
L’Homme est riche en mythes, en littératures tout
autant qu’en décisions politiques qui annoncent la nouveauté- parfois
des siècles avant l’émergence de cette dernière.
L’Homme a rêvé, pensé ou s’est battu pour obtenir le
vol en avion, aussi bien que la machine à laver le linge ou les
méthodes de calculs des nombres premiers, fruits du labeur de
générations entières de rêveurs, féministes et mathématiciens.
Léonard de Vinci pense au parachute ou au char de guerre blindé bien avant leur invention
Thomas Edison serait capable de comprendre le téléphone
portable de troisième génération et les Européens connaissaient bien
les sous-marins grâce à Jules Verne longtemps avant le lancement du
vrai Nautilus en 1954.
D’où viennent Internet et la Toile ?
Les Encyclopédistes ont imaginé bien des voies pour le
bonheur des hommes et des femmes mais certainement pas la transmission
instantanée de l’image de l’autre de n vers n points.
Fait culturel avéré et étonnant, ni la philosophie ni
la littérature (y compris de science fiction) n’ont jamais imaginé
Internet ou la Toile. [2]
La dématérialisation de l’écrit et du verbe est impensée et impensable dans l’histoire.
Certains des concepts et technologies qui servent de
socle à ces deux inventions étranges existaient avant leur émergence,
comme l’électricité, l’électronique, les travaux de Turing, la machine
de Von Neumann, la radiophonie, la programmation, les ordinateurs, etc.
D’autres composants sont apparus à la même période,
comme la commutation de paquet, l’hypertexte, le microprocesseur ou la
carte vidéo.
Mais tout cet inventaire incroyable pourrait parfaitement exister et être utilisé sans que ne soient Internet ni la Toile.
Car ces derniers sont des méta-inventions qui
rassemblent tous ces savoirs et technologies sans jamais avoir été
rêvés, ni préalablement pensés ni voulus, à l’exception du projet
initial de la DARPA [3] qui est formalisé très peu de temps avant l’invention de l’ancêtre d’Internet, ARPANET.
Internet et la Toile surgissent d’un magma bouillonnant
de sciences et de technologies qui se trouvent ainsi fédérées et
dépassées par une double transcendance.
Il était assez improbable que l’explosion technologique
liée à l’effort de guerre des Alliés pour la Seconde Guerre mondiale et
poursuivie au cours de la guerre froide, que la recherche en physique
quantique au CERN en Suisse au cours de la huitième décennie du XX°
siècle, nous permettent au début du XXI° siècle de déclarer et payer
nos impôts en ligne de manière totalement virtuelle en quelques
secondes. [4]
La manière dont apparaissent dans l’histoire Internet
et la Toile est en elle-même significative de l’absence totale de
valeurs sociales véhiculées par Internet et la Toile lors de leur
émergence dans la société et acceptables par cette dernière comme
nouveau départ d’une étape supplémentaire soit dans la « modernité »
soit dans la marche de l’humanité.
Le réseau de réseaux, Internet, est le fruit d’un
programme militaire secret élaboré dans le cadre de la mise en place
des outils de commandement stratégique de la dissuasion nucléaire
américaine et des besoins de communication des chercheurs des grandes
universités des USA. Lorsque Internet commence à émerger dans la
société américaine au début des années soixante dix, cette dernière est
essentiellement préoccupée par la guerre au Vietnam et la contestation
étudiante.
La Toile, le World Wide Web, cette mise en relation
dynamique d’hypertexte est inventée dans un des plus importants centres
de recherche de physique quantique, peut-être le plus avancé de tous,
le CERN. Cette invention arrive en 1989 en réponse à un besoin de
classification des résultats d’expérience, de recherche de données et
de leur diffusion entre chercheurs. A cette époque, la société
européenne assiste à la chute du mur de Berlin puis à celle de l’URSS,
vit l’épidémie de SIDA, fait la guerre au Koweit.
Internet et la Toile sont bien loin des préoccupations
et des attentes des Citoyens occidentaux et encore plus de celles des
Hindous et des Asiatiques.
La société n’a pas en 1970 puis en 1990 de valeur
morale, juridique, économique ou politique devant Internet-la Toile
pour l’absorber et transformer l’invention en élément socialisé,
sociologiquement normalisé, puisque la société ne l’a ni attendu, ni
voulu, ni préalablement pensé.
Où vont Internet et la Toile ?
Le phénomène d’absorption sociale est certes désormais
en cours, mais avec plus d’une génération de retard sur le moment de
l’émergence.
De plus la société comme l’individu doivent faire face
au poids d’une micro culture informatique directement et uniquement
héritée des concepteurs et pionniers d’Internet.
L’héritage culturel des fondateurs est humaniste car
universitaire mais la culture des campus n’est pas universelle.
L’origine militaire d’Internet ne transparaît plus.
La culture informatique est scientifique mais aussi messianique avec des discours comme celui de Steve Jobs [5] qui voulait changer le monde.
Ce legs est aussi majoritairement issu du White
Anglo-Saxon Protestant Way of Live et il est donc ultra-libéral mais
aussi en partie libertaire au regard du mouvement du logiciel libre GNU
de Richard M. Stallman.
La culture informatique actuelle est un mélange informe
d’éléments centraux ou de dérives, comme la net étiquette, la
cyberculture, l’anonymat, le « Cheat Code », le piratage (dit aussi
warez), la bidouille, « le libre », l’esprit Hacker White ou Black Hat,
la gouvernance non étatique, la libre circulation des idées et des
fichiers sans garde-fou contre les dérives antihumanistes, délictueuses
ou criminelles et la culture du don.
Le fruit pourri de cet arbre non élagué est goûté par tous les Internautes et informaticiens.
Le premier vers informatique est apparu à la fin de l’année 1988, fin 2004 IBM dénombre 112 438 vers et virus connus.
Soit presque 7 500 nouveaux vers ou virus par an, soit
encore 20 nouveaux petits cancers électroniques chaque jour pendant 16
ans.
Depuis cette même année 1988, le CERT© [6]
dénombre 19 600 failles connues de sécurité et 319 992 incidents de
sécurité déclarés. Soit 1 152 nouvelles failles connues par an pendant
17 ans et 18 823 attaques annuelles - 1 568 par mois - toujours pendant
17 longues années.
Le CERT© est loin de tout collationner, il travaille
essentiellement dans la sphère anglo-saxonne et d’autre part une
quantité importante de failles et d’attaques reste cachée, non déclarée.
Les choses n’iront pas en s’améliorant avec le
développement planétaire du haut débit pour tous dans les pays
développés et émergents qui démultiplie toutes les possibilités.
Les technologies de la Toile sont devenues libres en
1993, on compte cette année-là 26 sites Web. Milieu 2005, on dénombre
plus de 70 MILLIONS [7] de sites, soit plus de 6 MILLIONS de plus chaque année pendant 11 ans.
L’entropie informatique est exponentielle, l’insécurité technique en découlant explose.
Cette évolution catastrophique va à l’encontre des
valeurs humanistes de la culture d’émergence d’Internet-la Toile et
limite le commerce électronique.
Mais le plus grave, c’est que cette dégénérescence
s’exprime au détriment des Citoyens incapables de naviguer et de
communiquer sans risquer de perdre leurs données, de voir leur droit à
la vie privée menacé et toujours en dépensant de l’argent en
contre-mesures locales illusoires in fine (anti-virus, etc.)
Cette culture informatique et ses composantes ne sont
pas et ne peuvent pas être des valeurs à la fois toutes reconnues et
toutes acceptables pour nos sociétés ni toutes conservées en l’état
sans réflexion intellectuelle ou politique ni normalisation sociale [8] ni formalisation juridique.
D’autant plus que ce bouillon de culture informatique
est bien peu consistant devant la massification globale d’Internet -la
Toile et devant la confrontation avec les civilisations
arabo-musulmanes, asiatiques, européennes et hindoues et avec leurs
sous- composantes culturelles populaires -en Europe par exemple.
Il faut commencer un processus sociétal d’absorption
d’Internet-la Toile pour que la culture informatique change et que sa
résultante technique soit effectivement au service des Citoyens et des
entreprises et non l’inverse.
Par ailleurs, cette action doit être absolument engagée
pour sauver Internet et la Toile à la fois des appétits des oligopoles
économiques, des mafias, des délinquants informatiques, des États
dictatoriaux et des fallacieux fantasmes de surveillance
politico-policière systématique des Citoyens au sein des États
démocratiques.
Car un Internet socialement acceptable et accepté, donc
libre puisque évident et indispensable au quotidien, n’est pas
forcément l’objectif de tous.
Par exemple, qui prendrait politiquement et socialement
le risque de couper la télévision pour lutter contre le terrorisme
aujourd’hui ou d’installer une puce dans nos téléviseurs pour savoir si
nous regardons des programmes en langue arabe appelant à la petite
Jihad ? [9]
L’enregistrement par les éditeurs, libraires et
buralistes à « toutes fins utiles contre le terrorisme » des divers
abonnements aux journaux et revues d’information et d’opinion ou de la
liste des livres achetés chaque jour par les Citoyens serait-il
compatible avec la démocratie ?
C’est pourtant très exactement cela que préparent les
démocraties occidentales et notamment l’Etat Français à l’encontre des
libertés civiles, au travers de l’obligation qui sera peut-être bientôt
faite aux fournisseurs d’accès de conserver la trace de toutes les
pages consultées sur Internet-la Toile pendant 3 ans.
C’est inacceptable dans une démocratie et cela relève
plutôt de la farce en matière de lutte contre le terrorisme. Le
terrorisme international au XX° siècle n’a pas eu besoin d’Internet
pour frapper et saura s’en passer facilement à l’avenir.
Derrière ce prétexte se cachent des idéologies funestes
et des intérêts commerciaux défendus grâce à la collusion entre les
État et les oligopoles multinationaux de l’économie électronique.
Mais l’état reste par ailleurs indispensable pour
obtenir enfin un certain nombre de garanties d’avenir et de liberté sur
Internet-la Toile.
La « net étiquette » par exemple est une
bonne idée, un bel idéal universitaire humaniste qui pourrait avoir un
avenir social.
Mais sans cadre juridique étatique fort et sans moyens
de coercition pénaux ou financiers à l’encontre des « spammeurs »,
quelle est la liberté réelle devant le déluge actuel de publicité
électronique vraie ou mensongère ?
Il aura fallu attendre 2004 pour que l’Union européenne
et la France se dotent enfin qu’une législation contre cela, mais
toujours sans moyens de répression effective contre les « spammeurs »
internationaux ou off-shore.
L’Etat a évidemment un rôle majeur à jouer dans la lutte contre les mafias et les monopoles.
Quelle action ?
L’action doit être menée par les Citoyens et par les informaticiens.
De leur côté, les Citoyens ont en partie leur avenir en
mains, ils doivent bousculer leurs dirigeants, leurs législateurs,
leurs juristes et s’il le faut, résister, proposer, manifester.
Ils doivent s’approprier l’informatique et lui demander
des comptes, lui imposer des valeurs et fonctions sociales qui fassent
de l’usage d’Internet-la Toile un acte courant aussi sûr et libre que
de laver son linge en machine.
La normalisation sociale vers la liberté est d’autant
plus difficile à entreprendre qu’elle peut apparaître de prime abord
dans certains domaines, comme une régression par rapport aux valeurs de
libertés initiales historiques nées lors de l’émergence mais désormais,
en l’état et après la massification, inopérantes et dangereuses.
Certains aspects de la culture d’émergence
d’Internet-la Toile doivent disparaître au profit de valeurs beaucoup
conventionnelles, qui ont fait leurs preuves dans d’autres évolutions
sociales.
Les Citoyens ne doivent plus accepter que
l’informatique et surtout l’emploi d’Internet soient traités de manière
dérogatoire, ni en termes consuméristes, ni en termes politiques.
N’en déplaise aux informaticiens, un ordinateur ou un
logiciel grand public doivent être vendus avec les mêmes garanties de
bon fonctionnement et de responsabilité en cas de dommage lors de
l’usage normal de l’ordinateur ou du logiciel que tous les autres biens
de grande consommation.
Même si le principe est en avance sur les possibilités
technologiques actuelles ou plus vraisemblablement sur la volonté
commerciale des oligopoles du logiciel, le droit à l’absence de failles
dans un logiciel grand public doit être établi au même titre que la
garantie contre tous vices et défauts cachés est acquise de droit lors
de l’achat d’un véhicule automobile neuf ou d’occasion.
Corollaire, le droit à l’intégrité des données et à la
continuité de fonctionnement des systèmes d’exploitation doit être
clairement énoncé au Code Civil. Le droit à l’intégrité des données
personnelles doit par exemple être dérivé du droit au respect de la vie
privée et du domicile familial.
Les Citoyens consommateurs doivent exiger de l’Etat ces avancées juridiques fondamentales.
Elles doivent être complétées par une obligation
générale faite aux fournisseurs d’accès à Internet de délivrer comme
services inclus dans les abonnements ou souscriptions les moyens
techniques d’être connecté à Internet de manière sécurisée via une
authentification forte à base de certificats, délivrés lors de la
signature des contrats.
Les Citoyens consommateurs doivent enfin demander aux
États d’ouvrir des négociations internationales afin d’aboutir à la
signature, puis à la ratification et l’entrée en vigueur d’un traité
international définissant les crimes et délits informatiques, les
peines applicables et les procédures pénales d’enquêtes, de saisies et
d’extraditions, sur la base de la Convention internationale contre la
Cybercriminalité.
De son côté, le monde de l’informatique, et notamment
les communautés du « libre », doit faire le bilan de trente ou quarante
ans d’informatique non sociale et technologiquement inconsistante en
terme de sécurité.
Car l’insécurité actuelle sur Internet-la Toile n’est
pas une maladie contractée un beau jour par hasard mais une maladie
génétique dégénérescente.
C’est irréductiblement un effet résultant du choc entre
une culture de groupe identitaire historique et la massification
planétaire du XXI° siècle.
Prenons un exemple.
Le Protocole de Transfert de Fichier (FTP) est inventé
entre 1971 et 1973. 30 ans après il est toujours massivement en usage
sur terre. Il ne permet strictement aucune sécurité par manque de
chiffrement des identifiants et authentifiants lors de l’ouverture
d’une session de transfert et en l’absence de moyen de vérifier
l’intégrité des données transmises et encore moins d’assurer leur
confidentialité.
L’usage du Protocole de Transfert de Fichier (FTP)
entre deux universitaires américains en 1980 est une bonne chose pour
leur faciliter leurs recherches. Son emploi en 2005 avec des millions
de Français, d’occidentaux et d’asiatiques connectés et peut-être 1
milliard de PC en fonction sur Terre, est une catastrophe sécuritaire
informatique majeure et perpétuelle.
Cette technologie FTP doit être abandonnée, être
éliminée de toutes les distributions de Linux et si possible partout
ailleurs, y compris dans les produits commerciaux, et être interdite
d’emploi sur les serveurs des fournisseurs d’accès par l’Etat.
Cette démarche doit être effectuée à l’encontre d’une
quantité inimaginable d’autres composantes techniques historiques
d’Internet-la Toile qui ne sont que des cellules de cancer d’insécurité.
Si la communauté des développeurs est consciente de sa
responsabilité, elle doit à la fois se lancer de sa propre initiative
dans une reconstruction d’Internet-la Toile et s’appuyer sur les
Citoyens et les États pour forcer la socialisation de ces ré-inventions.
L’insécurité actuelle n’est pas que technologique, elle touche aussi nos libertés civiles, politiques et commerciales en retour.
Les ennemis d’un Internet-la Toile vraiment libre
retourneront contre le travail que j’appelle à réaliser certaines
valeurs historiques de l’univers Internet, sous prétexte de conserver
l’actuel soi-disant espace de liberté, afin de masquer que la situation
présente leur fait gagner des sommes colossales d’argent sans avoir de
compte à rendre à la société sur les effets pervers de leur
« business » ou que cela leur permet d’asseoir un contrôle
anti-démocratique sur des Citoyens englués dans une technologie
asociale.
Je ne suis ni juriste, ni programmeur, mais Citoyen
éberlué par la situation actuelle qui semble être naturellement
acceptée comme une nouvelle tragédie grecque dans laquelle nous devons
tous à un moment ou un autre être meurtris dans ce qui nous appartient
et enchaînés par un État qui en définitive frappe sans comprendre ou en
ne comprenant que trop bien.
Il est temps que le besoin humain d’un Internet
vraiment libre, c’est-à-dire aisément accessible par tous sans risque
s’exprime et soit entendu.
A titre d’idée, je joins un court exposé du programme d’action tel que je le conçois.
Nicolas Chazot
Nîmes, le 5 août 2005
Ancien responsable de la sécurité des
systèmes informatiques au ministère de l’intérieur de 1998 à 2004.
Médaille de la Sécurité informatique du ministère en 2002, remise par
le Haut Fonctionnaire à la Défense.
Proposition d’action
Note : cette partie du document dénommée Plan d’action
est sous licence CC mais seulement sous Contrat Paternité - Pas
d’Utilisation Commerciale - Partage des Conditions Initiales.
Considérant que la sécurité informatique repose
essentiellement sur la disponibilité et l’intégrité des systèmes,
l’intégrité et la confidentialité des données ;
Considérant que l’état actuel des réseaux informatiques
et des moyens de communication électronique ne fournit
qu’exceptionnellement ces services de sécurité essentiels ;
Considérant que l’état de l’art permet une utilisation massive de solutions permettant d’obtenir ces services de sécurité ;
Devant l’insécurité structurelle et historique
d’Internet, du world wide web et de tous les systèmes de communication
électroniques ;
Les Citoyens proposent ce plan d’action et demandent que soient prises en compte leurs légitimes doléances :
I.Reconnaître de nouvelles libertés publiques
Le droit à la préservation de l’intégrité et de la
confidentialité des données personnelles est juridiquement garanti
comme liberté publique dérivée du droit de la liberté d’expression,
d’opinion et de conscience ainsi que de la propriété intellectuelle.
Par données personnelles il est entendu les données au
sens de la loi informatique et liberté ainsi que toute oeuvre de
l’esprit dont le citoyen est l’auteur et le détenteur légitime.
Le droit à l’intégrité et à la disponibilité logique de
l’ordinateur privé est reconnu, ce droit est juridiquement garanti
comme liberté publique.
Le droit à la confidentialité des communications
électroniques entre particuliers et avec les services de l’Etat ou les
professionnels des secteurs publics ou privés est reconnu, ce droit est
juridiquement garanti comme liberté publique.
II.Modifier l’ordonnancement juridique national
En application des nouvelles libertés publiques, la loi :
Sanctionnera pénalement toute atteinte à ces libertés.
Interdira toute surveillance collective des moyens de
communication et de navigation électroniques et n’autorisera que les
surveillances individuelles juridiquement motivées par une décision du
Juge ou les interceptions de sécurité.
Ordonnera aux fournisseurs d’accès à Internet de
toujours permettre une communication entre leurs clients et leur réseau
qui garantisse l’intégrité et la confidentialité des données échangées,
à l’aide de tunnel logique chiffrant.
Ordonnera aux fournisseurs d’accès à Internet de
toujours fournir à leurs clients un authentifiant individuel fort sous
la forme d’un certificat établi selon les normes techniques
internationales.
Ordonnera aux services en ligne professionnels publics
et privés de toujours et exclusivement fournir un service sécurisé à
base de technologie de type HTTPS (TLS).
Interdira toute disposition juridique, technique ou de
fait qui placerait le Citoyen en situation d’avoir à transmettre des
données personnelles à l’aide d’un moyen de communication qui ne
garantisse pas la confidentialité.
Interdira toute vente ou mise à disposition de système
de traitement de l’information qui ne puisse pas toujours garantir
l’intégrité, la disponibilité et la confidentialité des données
personnelles.
Interdira toute obligation contractuelle obligeant les
Citoyens à utiliser un système faisant appel des ressources tierces
lorsqu’il désire garantir l’intégrité de son ordinateur privé et de ses
donnée privées, hormis les cas où le Citoyen n’est pas l’auteur des
données.
Le citoyen doit toujours pouvoir établir l’intégrité
locale de son ordinateur privé grâce à son certificat de service (de
machine) privé.
III.Instauration d’une autorité de confiance publique :
L’Etat doit être le garant des principes et libertés qu’il reconnaît et édicte.
Afin de garantir aux particuliers les droits exposés en
I., l’Etat confie à une entité la mission de service public d’autorité
de certification suprême en France. Cet organisme aura pour mission de
certifier les autorités de certification publiques et privées qui
délivrent des certificats de signature et chiffrement aux particuliers
et à leurs services privés (certificats de machine privées).
IV.Modifier l’ordonnancement juridique international :
Afin de garantir au niveau international les libertés
fondamentales acquises, il convient, sur la base de la convention
internationale contre la cybercriminalité, d’établir un traité pénal
international contre les cybercrimes et délits.
Ce traité établira un tribunal pénal international de
la cybercriminalité et des délits (TPIC) qui aura, après reconnaissance
de juridiction par les États, le droit d’ouvrir une instruction sur
plainte motivée d’un particulier représenté par un avocat spécialisé,
droit de demander et d’obtenir l’extradition des prévenus et droit de
condamner pénalement les auteurs de cybercrimes et délits. Les États et
personnes morales de droit privés peuvent saisir directement le TPIC.
Les États exécutent les sentences du TPIC.
Un cybercrime ou délit perpétré à l’encontre d’un
élément vital au fonctionnement d’Internet ou du web est qualifié de
cybercrime contre le patrimoine commun de l’humanité.
Sont notamment qualifiés comme tel, les cybercrimes et
délits contre les ROOT serveurs DNS et ceux contre les autorités de
confiance étatiques cités en III.
Par ailleurs les nouvelles libertés publiques devront être reconnues par le Conseil de l’Europe.
V.Réinventer Internet, défi pour un siècle nouveau.
Les Citoyens reconnaissent l’extraordinaire don fait
aux hommes et aux femmes par les informaticiens et scientifiques avec
Internet, le web et les communications électroniques et sont désireux
de poursuivre cette oeuvre commune de l’humanité.
Les Citoyens demandent toutefois que les technologies
historiques des pionniers soient abandonnées car elles ne peuvent plus
garantir leurs libertés fondamentales.
L’ensemble des protocoles, services, outils, méthodes
de conception et de travail qui ne garantissent pas les droits évoqués
plus haut doit être abandonné.
Les distributions de Linux, les systèmes commerciaux,
les logiciels ne doivent plus installer par défaut ces technologies, ni
à terme les contenir.
La pile protocolaire fondamentale, IP, TCP, UDP, ICMP
ne peut qu’être conservée en l‘état afin de garantir l’existence même
d’Internet mais les communications en mode IPSEC ou équivalent doivent
devenir la règle par défaut.
De nouvelles inventions qui renforcent le respect des droits évoqués sont souhaitables et attendues par les Citoyens.